Celui qui se retrouve au chômage ne touche que 70% de son dernier salaire, 80% dans le meilleur des cas. Pour de nombreuses personnes, cette ponction empêche de vivre convenablement et de régler l’entier des factures à la fin du mois.
En Suisse romande, deux assurances sont proposées pour compléter ce manque à gagner. La première, de la société de courtage We Club, en partenariat avec Solid Assurances, propose une couverture privée qui assure le «maintien du niveau de vie» pendant une période de chômage. Et la seconde, baptisée «Protection du loyer» et lancée par Homegate en collaboration avec Nationale Suisse, couvre les risques en cas de chômage mais également lors d’une incapacité de travail ou de décès.
Nombreuses exclusions
Ces produits, récemment introduits sur le marché, titillent la curiosité: sont-ils vraiment recommandables? En parcourant les conditions générales, la multitude de restrictions saute immédiatement aux yeux.
Dans les deux cas, en effet, seuls les salariés qui ont un travail stable (six mois pour We Club, douze pour National Suisse) et qui bénéficient d’un contrat à durée indéterminée sont admis. Par ailleurs, les prestations sont versées uniquement aux personnes qui perçoivent des allocations journalières entières de l’assurance chômage. Par conséquent, les indépendants sont exclus.
Et surtout, une démission intentionnelle ne donne pas droit aux prestations, car seuls les licenciements involontaires sont pris en compte. Mais Nationale Suisse prétend qu’ils font preuve de souplesse dans certains cas limites, particulièrement quand l’employé se retrouve en situation de détresse (salaire non versé).
A noter encore qu’un salarié ayant notamment participé à des actes de grève non autorisés ou a violé volontairement ses obligations professionnelles ne peut, lui non plus, prétendre à de telles prestations.
Délai, limites et prix
Outre ces exclusions, il faut considérer d’autres points très importants: le délai de carence ainsi que le montant des versements des primes.
Délai de carence
A Nationale Suisse, il faut que l’assurance dure au moins depuis trois mois avant de prétendre aux indemnités, six à We Club.
Montant des versements
Les paiements mensuels de We Club sont de 500 fr., 1000 fr., 1500 fr., 2000 fr. ou 3000 fr. pendant six ou douze mois. Toutefois, ce montant, cumulé avec l’indemnité de chômage, ne saurait dépasser 120% du dernier revenu de l'assuré.
Du côté de Solid Assurances, il est possible de toucher 500 fr., 600 fr., 700 fr., etc., jusqu’à 2000 fr. durant douze mois au plus. Mais, en cas de chômage répété, le versement est limité à trois ans.
Hauteur des primes
Les montants des primes mensuelles varient selon le choix de la couverture. Avec l’assurance de We Club, elle débute à 6.70 fr. dans le cas d’une indemnité de 500 fr., versée durant six mois à partir du quatrième mois de chômage. Mais elle monte à 219.10 fr. pour un maximum de 3000 fr. chaque mois pendant une année, sans délai d'attente.
A Nationale Suisse, les primes sont plus chères, notamment parce qu’elles englobent aussi les pertes de gain en cas de décès (versement du montant en capital) ou d’incapacité de travail. Il faut dès lors dépenser au minimum 24.50 fr. pour recevoir 500 fr. par mois et 98 fr. pour bénéficier d'une indemnité de 2000 fr.
Oui, mais pas pour tous
Alors, finalement, de telles offres sont-elles intéressantes? Oui, répond Cédric Zermatten, expert en assurances chez VZ Suisse romande, car leurs primes sont compétitives et elles répondent assurément à une demande.
En revanche, les restrictions sont nombreuses et tout le monde ne devrait pas s’y lancer. Quelqu’un qui s’attend à être bientôt licencié ferait mieux d’y renoncer, compte tenu des délais de carence non négligeables. Par ailleurs, ces offres s’adressent surtout aux travailleurs qui évoluent dans un secteur à risques (finances, start-up, etc.) ou aux personnes avec un revenu moyen. Ceux qui touchent de gros salaires n’y gagnent, en effet, pas grand-chose, puisque le montant des versements est limité. Quant aux plus modestes, ils ne peuvent pas toujours s’acquitter d’une prime supplémentaire, si modique soit-elle.
Marie Tschumi