Trouver un logement proche de son lieu de formation relève de la gageure pour un nombre croissant de jeunes – crise du logement oblige. En parallèle, le vieillissement de la population et l’évolution des modes de vie font augmenter le nombre de séniors seuls à domicile et de parents en solo avec enfants sur les bras. Fortes de ce double constat, Sabrina Reynier et Anne-Sophie Charton ont eu l’idée de mettre en relation ces différentes générations, en fondant, il y a tout juste trois ans, la société «Ensemble avec toit». Leur concept? Proposer une chambre bon marché en échange de services rendus. Le succès est rapidement au rendez-vous, et le nombre de binômes constitué double chaque année. Il atteint aujourd’hui les 200.
«Nous touchons un public très éclectique, composé d’environ un tiers de séniors et deux tiers de familles, dont la moitié est monoparentale», précisent les deux amies, domiciliées sur la côte lémanique. Les retours sont presque toujours positifs. «Certains aînés nous confient avoir retrouvé une seconde jeunesse en nouant un lien fort avec le jeune qu’ils accueillent. Des mamans divorcées se réjouissent de retrouver enfin du temps pour elles ou se félicitent qu’un étudiant transmette sa langue maternelle à leurs enfants.» Premières convaincues, les fondatrices accueillent elles-mêmes chacune un jeune en formation dans leur foyer.
Intéressant sous conditions
Trois formules sont possibles: un loyer gratuit contre huit heures de services rendus par semaine - faire la cuisine, sortir les poubelles, aller chercher les enfants à l’école ou juste tenir compagnie; un demi-loyer contre un nombre réduit de coups de main ou un loyer complet sans contrepartie. La société retrouve ses billes en demandant à l’étudiant de payer une cotisation de 600 fr. à 1400 fr. par an en fonction du montant du loyer.
Lorsqu’on leur demande si la pénurie de logements ne risque pas de forcer des étudiants peu conquis par le concept à le tenter tout de même, les deux jeunes femmes ne s’inquiètent pas: «Le montant de la cotisation dissuade ceux qui ne sont intéressés que par le bas prix des loyers. Et nous les avertissons bien que le temps qu’ils devront consacrer aux services rendus est parfois peu compatible avec leurs études.»
Exemple comptable: pour une chambre gratuite, il faut assurer 32 heures de services par mois. Rapporté au salaire habituel d’un job d’étudiant (20 fr./h) et additionné de la cotisation, on atteint un total de 757 fr. par mois. Les jeunes n’y trouveront donc leur compte qu’en s’impliquant dans une relation enrichissante avec leur hôte et en prenant plaisir à remplir leur part du contrat…
Vincent Cherpillod
«Dis maman, mais qu’est-ce qu’elle fait chez nous?»
Anja, Florence et Ialy, 5 ans, partagent depuis maintenant un mois un appartement à Renens. Et elles sont ravies de leur cohabitation! «Je m’attendais à ce que ce soit plus envahissant. Il faut un temps d’adaptation, mais tout se passe très bien, explique la jeune maman, qui travaille à Genève. Je ne m’inquiète plus lorsque le trafic retarde mon retour à la maison. J’ai ma propre structure: plus besoin de déranger sans cesse la voisine en cas d’imprévus, car Florence est sur place pour s’occuper de Ialy.» Contre un loyer modéré, l’étudiante en éthologie s’occupe de la petite, cinq heures par semaine environ: «J’avais envie d’avoir quelqu’un avec qui discuter le soir, et puis il est tellement difficile de trouver une chambre dans les environs…»
Ont-elles eu des craintes au moment de se lancer? «Bien sûr, je m’inquiétais un peu de voir quelqu’un débarquer au cœur de mon intimité, avoue Anja. Je craignais qu’elle juge ma méthode éducative ou qu’elle puisse déranger ma structure familiale.» Préoccupation assez semblable pour Florence, qui redoutait la responsabilité liée à la présence de l’enfant. Mais l’alchimie a bien fonctionné. Toutes les trois se réjouissent des sept mois restants à passer ensemble, même s’il arrive encore à Ialy de demander à sa maman pourquoi une nouvelle venue partage leur maison!