On se prendrait vite pour le maître du monde. Ou, du moins, pour le roi de son logement en le contrôlant au doigt et à l’œil. C’est fou comme un habitat peut soudainement paraître intelligent, alors qu’il passait jusqu’ici pour un objet inerte. Avec la domotique, on communique avec lui pour améliorer sa vie au quotidien en intimant des ordres ponctuels ou programmés aux appareils électriques, notamment. La diversité des applications possibles (voir infographie) profite tant au confort, à la sécurité qu’aux économies d’énergie.
Pendant longtemps, la domotique était trop chère et complexe pour être accessible à tous. Avec la généralisation de l’internet à haut débit et des produits numériques (tablettes, smartphones, etc.), elle s’est considérablement démocratisée. Il est désormais possible d’équiper sa maison d’un système basique et facile à utiliser pour un budget abordable: «Avec 2000 fr. on arrive déjà à avoir une bonne base», confirme Olivier Nadot, directeur de Swiss-Domotique.
Mais, pour mieux comprendre comment fonctionne ce nouveau système de communication, en voici les notions principales.
Box ou contrôleur: c’est la centrale de commande qui transmet les ordres aux modules chargés de les exécuter. Pour pouvoir la piloter à distance (hors du domicile), elle doit être branchée à internet. Certains modèles se connectent au routeur par wifi – sans qu’il y ait un réel avantage –, les autres avec un simple câble ethernet. Chaque box a son langage de communication qu’on appelle «protocole». Pour que les ordres passent, ce dernier doit correspondre à celui des modules. Les boxes qui sont multi-protocolaires – comme un humain serait polyglotte – offrent davantage de flexibilité, notamment dans le choix des modules. Leur prix est variable, mais on peut trouver un bon produit compatible avec le protocole Z-Wave (lire plus loin) aux alentours de 300 fr. déjà.
Modules: ce sont des unités de commandes qui exécutent les ordres transmis par la box. Ils doivent être installés sur les objets qu’on veut piloter (prise électrique, luminaire, chauffage, caméra de surveillance, etc.). Leur protocole doit être identique à celui de la box pour que la communication passe. Le prix d’un module compatible avec le protocole Z-Wave pour commander un interrupteur, une prise ou un store électrique est d’environ 80 fr. Pour une vanne thermostatique pilotée, il faut compter 100 fr.
Protocole: il existe trois grandes méthodes de communication entre la box et les modules: le système câblé, le courant porteur et les ondes radio. La première consiste à relier les boxes par des câbles. L’avantage, c’est sa fiabilité, sa robustesse et l’absence d’émission d’ondes. «Mais c’est une solution qui peut coûter très cher – environ 30 000 fr. pour une maison – et qui n’est pas très flexible», commente Olivier Nadot. La deuxième, par courant porteur, utilise le réseau électrique du logement pour envoyer les ordres. C’est une option facile à installer et pas trop coûteuse. Mais elle n’est pas très fiable – perturbations, etc. – et la gamme de modules qui peuvent lui être associés est très limitée.
La dernière, par onde radio, est sans doute celle qui offre le meilleur compromis. Cette technologie a l’avantage de se passer de câblage complexe. A l’instar du système Chacon, certains protocoles sont simples à configurer et leurs modules peu onéreux; ils sont en revanche lacunaires sur certains points (portée assez faible, etc.). L’un des plus performants et répandus est sans conteste Z-Wave. Son avantage? Un choix de modules très large, la sécurisation du réseau et l’excellente portée grâce, notamment, à des modules qui font relais pour transmettre les ordres à d’autres. Fatalement, le prix des éléments est plus élevé.
Interface: au départ, la configuration du réseau passe par une programmation de la centrale de commande avec un ordinateur standard. Avec certaines boxes, l’utilisateur dispose d’une interface sur le site du fabricant. «Cette solution a l’avantage d’être simple et à la portée du plus grand nombre. En revanche, on reste dépendant de la marque», explique Olivier Nadot.
Sur d’autres produits, on configure la box en se connectant à l’adresse IP du serveur qui lui est intégré. C’est une solution qui donne plus de liberté, mais qui s’adresse à celles et à ceux qui ont de bonnes connaissances en informatique.
Une fois le réseau établi, les ordres à effectuer ou à programmer peuvent être donnés de plusieurs manières. Lorsque l’utilisateur est à la maison, une télécommande peut suffire pour lancer des actions comme l’extinction de toutes les lumières du logement. Lorsqu’il est hors de son domicile, rien de tel qu’un smartphone ou une tablette numérique. En effet, les fabricants de boxes proposent des applications gratuites qui permettent de tout gérer à distance.
Yves-Noël Grin
Sécurité: la domotique offre de nombreuses solutions pour sécuriser son logement. On pense aux détecteurs de portes – et même de fenêtres – qui envoient une alerte au propriétaire dès que celles-ci s’ouvrent en son absence. Dans le même esprit, on peut équiper son logement d’une ou de plusieurs caméras de surveillance avec détecteur de mouvement. Mais, comme le relève Olivier Nadot, directeur de Swiss-domotique, il existe des boxes spécifiques comme Myfox (env. 300 fr.) qui sont plus adaptées aux applications sécuritaires et facilement configurables soi-même.
Prévention des sinistres: il existe toute une panoplie de détecteurs (feu, inondation, etc.) dotés de modules qui permettent de lancer une alerte sur l’interface (smartphone, etc.) du propriétaire pour lui signaler un éventuel d’incident.
Chauffage: c’est l’une des automatisations les plus intéressantes qui soient. Avec un chauffage central, on peut changer les vannes thermostatiques traditionnelles par des modèles dotés d’un module. Ainsi, on peut contrôler la température de chaque pièce indépendamment à distance et programmer, par exemple, la mise en route et l’extinction des radiateurs à des heures précises, pour que son habitation soit chaude lorsque c’est vraiment nécessaire. A la clé, un confort accru et de belles économies d’énergie.
Eclairage: en glissant un modem dans les principaux interrupteurs d’une habitation, on peut régler l’éclairage des pièces séparément ou de manière groupée. C’est non seulement pratique, mais cela peut également avoir une fonction sécuritaire. Car en cas d’absence prolongée (vacances, etc.), il est possible de simuler une présence dans le logement en programmant l’éclairage des pièces en soirée à des horaires définis. En intégrant cette action dans un scénario plus subtil, on peut imaginer que les stores remontent ou s’abaissent automatiquement pour mieux duper les cambrioleurs potentiels.
Installations électriques: l'utilisation de prises pilotées profite à la fois au confort et aux économies d’énergie. Ainsi, on peut imaginer que la machine à café s’enclenche automatiquement dix minutes avant le réveil pour lui donner le temps de chauffer. Ou qu’un simple bouton permette d’éteindre et d’allumer tout l’équipement multimédia (TV, home cinéma, routeur, etc.). En allant plus loin, il est possible de déclencher des actions groupées qu’on appelle «scénarios». Par exemple, l’activation du home cinéma s’accompagne de la descente des stores motorisés et d’un tamisage de l’éclairage ambiant.