Trois jours. C’est le temps moyen qu’il a fallu aux grands distributeurs suisses de carburant pour répercuter les hausses du coût du baril de pétrole dans les stations essence du pays. En une semaine, le prix du sans plomb a ainsi grimpé de plus de 10%, soit une vingtaine de centimes par litre. Et, fin mars, la hausse atteignait plus de 20%.

Les grandes compagnies achètent pourtant le carburant un mois à l’avance, à un prix fixe. Mais le 10 mars déjà, des enseignes comme Volenergy, Coop, Migrol ou Avia réalisaient, rien qu’avec cette hausse de 10%, au moins trois centimes de bénéfice supplémentaire par litre qu’avant la crise, comme nous le démontrons dans notre enquête (lire en page 13)

Que représentent trois centimes à l’échelle de la consommation totale de carburant en Suisse? Un demi-million de francs de coût supplémentaire pour les consommatrices et les consommateurs, chaque jour. Et chaque jour ce bénéfice continue de croître puisque les prix montent encore.

Comment les grandes compagnies justifient-elles ces hausses, et donc l’augmentation manifeste de leurs marges? Simplement par l’augmentation des cours mondiaux du
pétrole brut. En d’autres termes, «circulez, il n’y a rien à voir». Ni à comprendre. 

Si la fixation du prix des carburants dépend effectivement de multiples facteurs, il faut surtout se souvenir de ceci: dans notre pays, aucun cadre légal ne limite les compagnies dans leur fixation des prix ou des marges. La Suisse applique le principe de libre concurrence et nos autorités estiment que la concurrence entre les stations-service suffit à
réguler les prix. 

Comment expliquer alors que les principales grandes chaînes de distribution aient
systématiquement augmenté les prix de l’essence et du diesel ces dernières semaines au même moment et dans les mêmes proportions alors que les prix fluctuaient fortement sur les marchés? Un hasard sans doute, puisque l’entente sur les prix serait illicite.

Et comment expliquer que, s’il faut trois jours en moyenne pour répercuter les prix à la hausse, il en faut dix pour les répercuter à la baisse, comme le démontre une récente étude valaisanne?

Et enfin, à quel prix nous seront revendus les 2,3 milliards de litres de réserve d’essence et de diesel actuellement stockés en Suisse et achetés aux prix en vigueur avant le début de la guerre en Iran?

Avant d’entendre les réponses à ces questions, il faudra relire attentivement quelques définitions, à commencer par «profit opportuniste», «spéculation» et «cupidité».

Pierre-Yves Muller
Rédacteur en chef